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dimanche 21 août 2011

& LIRE - "Furie" de Salman Rushdie

Rushdie et ses mots qui éveillent l'esprit et bercent l'âme à la fois... Rushdie, dont je vous ai déjà parlé aux débuts du blog. On pourrait prendre chacun de ses mots pour en décorer son cœur, tant sa vision du monde, de la vie, de l'amour est juste, tant il sait nous faire pénétrer la personnalité de ses protagonistes à nous rendre schizophrènes, avec un brio sans cesse supérieur.

On retrouve dans le remarquable Furie, paru en 2001 et sujet de l'article d'aujourd'hui, la prépondérance de la critique de l'Amérique et de sa population, de la désillusion et des excès sans limites qui découlent de rêves brisés, piétinés, dénaturés chez la nouvelle génération du continent américain... Amérique où l'auteur brittanique d'origine indienne s'est lui- même exilé depuis la fatwah lancée contre lui par l'ayatollah Kohmeini, qui condamnait avec véhémence les Versets Sataniques (1988, réédité en 1999).

Qu'était-il advenu de cette quête des clefs secrètes qui ouvraient les portes de l'exaltation ? Qui avait démoli le Capitole pour le remplacer par une rangée de chaises électriques, ces machines de mort démocratiques où tous, innocents, coupables, attardés mentaux, pouvaient venir expirer côte à côte ? Qui avait pavé le Paradis pour y construire un parking ?

On peut concéder à la critique une certaine impatience qu'on ressent durant les cent premières pages. Le roman met du temps à démarrer, il tourne un peu en rond, est oppressant et agaçant (et peut-être est-ce une volonté de la part de l'auteur), mais il est certain que l'on fait bien de s'accrocher ! Une intrigue riche, bordélique et torturée à souhait nous tend les bras au sortir du purgatoire.
La construction du roman s'organise ici autour d'un triangle, contrairement à celle des Versets Sataniques ou encore de Shalimar le clown qui opposaient systématiquement deux camps, généralement symbolisant l'un le Bien, l'autre le Mal.

En effet, dans Furie, Malik Solanka vit dans la peur d'être entraîné, malgré sa résistance farouche, par ses démons intérieurs qu'il identifie aux Furies, divinités maléfiques de la vengeance, appelées également Erynnies.

Erynnie représentée par le grand Salvador Dalì
  Partout,  se disait le professeur Malik Solanka, régnait la fureur. Il suffisait de prêter l'oreille pour entendre à tout moment les battements d'ailes des sombres divinités. Tisiphone, Alecto, Mégère : les anciens grecs avaient tellement peur d'elles qu'ils n'osaient même pas les appeler par leur vrai nom. Prononcer ce nom, Erynnies, c'était prendre le risque d'attirer sur soi l'ire fatale de ces dames. Voilà pourquoi ils qualifièrement ironiquement le trio infernal de "bienveillantes" :  les Euménides. Mais l'euphémisme, hélas, n'adoucit en rien leur sale caractère.


De plus, trois femmes évoluent autour de Solanka, à savoir son épouse Eleanor à Londres, abandonnée avec leur fils Asmaan par le professeur et ce sans explication, suite à un évènement dangereux et impardonnable survenu dans sa vie ; la sulfureuse Mila, femme-enfant dévastatrice qui fera revivre la flamme de l'inspiration dans le coeur  de Solanka, le menant à la création prolifique des Rois Pantins ; enfin la troublante Neela Mahendra, personnification d'Aphrodite à la passion et aux convictions sans bornes.
Le triangle est une image très forte symboliquement, réprésentant notamment l'équilibre, mis en opposition avec l'état d'esprit chaotique et instable du personnage central de l'histoire.

La Beauté est un concept particulièrement mis en valeur dans cet ouvrage où Salman Rushdie loue son caractère auto-suffisant, entre autres.

La beauté physique absolue attire à elle toute la lumière, et devient un flambeau radieux dans un monde par ailleurs obscurci. Pourquoi sonder les ténèbres environnantes alors qu'il était possible de contempler cette bienveillante flamme ?


Mais d'autres sujets sont abordés en profondeur et avec emphase par l'auteur, tels l'importance d'avoir des principes et le déni de ceux-ci, les circonstances qui y poussent, la rationalité... 
On remarque aussi l'omniprésence de la passion, de l'excitation de sentiments ressentis de nouveau quand on croyait les avoir ensevelis... L'amour est en définitif le sujet principal de cette œuvre aux axes pourtant très variés, mêlant les émotions à la révolution politique, les idéaux propres à l'humanité toute entière et le désir sexuel. Deux types d'amour sont opposés cependant : l'un ambigu et destructeur (Mila) et l'autre passionné et salvateur (Neela).

Et revoilà l'euphonie, pensa t-il : Neela, Mila. Le désir me rattrape et me lance des rimes en guise d'avertissement. 

C'est aussi là qu'entrent en scène les Rois Pantins, objets de l'imagination renaissante du Professeur Solanka, cyborgs ayant tout de l'être humain sauf le caractère biologique. La question soulevée dans leur révolte contre leur créateur est de savoir si le statut d'humain leur appartient... et en cela, on pourra toujours extrapoler en définissant ce que l'on peut, moralement, qualifier d'humain ou de non-humain. 


L'homme est né dans les chaînes mais partout il cherche à s'affranchir.

Et c'est bien ici la réaction des créations d'Akasz Kronos, avatar de Solanka dans le récit.


En réalité, Rushdie met en paroles formidablement construites ce dont l'Homme a trop peur d'avoir pleinement conscience, et ce d'une façon qui séduit le lecteur sans le déranger. Quoi de plus naturel chez une plume aussi talentueuse ?
Ceci dit, toujours poussé par sa réflexion sur la complexité de l'âme et de la morale humaines (abordée dans nombre de ses ouvrages), l'auteur distingue deux parts de cette âme, l'une que l'on refoule immanquablement, et l'autre que l'on porte en bannière, ou en masque quotidiennement.


Nous sommes faits d'ombre aussi bien que de lumière, de chaleur autant que de poussière. La naturalisme, la philosophie du visible, ne peut nous contenir, car nous débordons. Nous avons peur de ce moi obscur et enfoui qui outrepasse, enfreint, mue, transgresse, s'immisce. C'est lui le véritable fantôme dans la machine. Ce n'est ni dans les limbes ni dans quelque sphère prétendument immortelle mais ici, sur terre, que l'esprit s'affranchit des chaînes de notre conscience.Il peut se changer en courroux, exacerbé par sa captivité, et dévaster le monde de la raison.



mercredi 4 mai 2011

& LIRE - "Métamorphose en bord de ciel" de Mathias Malzieu


Malzieu, le fabricant de rêves, est de retour cette année avec Métamorphose en bord de ciel (2011), un ouvrage digne de son éminent prédécesseur La mécanique du coeur (2007).

Récemment, une charmante personne de mon entourage m'a rapporté une édition collector de ce livre. Une version qui a non seulement la particularité d'être illustrée par de nombreux et talentueux artistes inspirés par l'oeuvre de Mathias, dont Lostfish et Benjamin Lacombe, pour ne citer qu'eux...

MAIS : mon livre est également *roulement de tambour* ... dédicacé par Malzieu!
Je laisse pénétrer cet écoeurant mais irrésistible étalage de trophée dans vos esprits.


J'ai commencé à lire Métamorphose en bord de ciel un lundi de Pâques au temps girouette, oscillant entre éclaircies et pluie battante. Et c'est sous l'orage grandissant que malgré tout, la plume de Mathias Malzieu a su ensoleiller mon après-midi.

"La voûte céleste m'hypnotisait, j'en aurais dévoré les nuages."

L'histoire ? Tom Cloudman rêve d'envol et de spectacle, se retrouve pro de la cascade ratée, et toutes ces mises en scène ont un prix: il se retrouve cloué dans un lit d'hôpital, une Betterave (nom qu'il donne à son cancer) accrochée à sa colonne vertébrale...

"Curieusement, la Faucheuse et son cortège d'ombres approchant, on voit mieux la vie."

Mais cette tournure tragique du destin n'émousse pas le moins du monde sa determination et ses rêves de rejoindre les oiseaux ! Ainsi il découvre, après sa rencontre avec une étrange femmoiselle, qu'à travers un compromis, un échange, il peut troquer cette vie contre une toute neuve... à certaines conditions.


Illustration de Lostfish pour Métamorphose en bord de ciel.

On retrouve dans ce livre l'art de la comparaison contemporaine et poétique à la fois de l'auteur, qui mêle avec talent des expressions familières avec des mots qui font rêver. Il parle toujours par images, transforme les scène de ses livres et particulièrement celles de celui-ci en visions pleines d'images oniriques ou cocasses, donnant l'envie de se fondre à toute berzingue dans son imaginaire.
Mathias Malzieu transcrit à nouveau, via les pensées de son héros, la phobie des hôpitaux dont il nous faisait déjà part dans Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi.
On remarque aussi quelques clins d'oeil à la demoiselle de son coeur, Olivia Ruiz, que l'on peut reconnaitre dans le physique d'Endorphine la femmoiselle, ou dans les citations relatives à ses chansons.

"C'est le temps des grandes métamorphoses."

Ce qui frappe automatiquement dans cet ouvrage aussi, c'est la prééminence de la musique, de la notion de mélodie complètement omniprésente, qui dévoile un peu plus l'auteur à travers le chant d'Endorphine et de Tom, le piano à oiseaux, les références à Johnny Cash... La musique, couplée à l'amour, est vécue comme un vecteur de bonheur et surtout comme une thérapie pour notre héros malade mais vaillant.

"Feux d'artifice dans mes veines. Je suis l'homme le plus vivant du monde ! Je viens de naître ! Phénix en pyjama !"

Au risque de me répéter, j'insisterais tout de même sur la capacité extraordinaire de Malzieu à orner le visage de ses lecteurs de larmes et d'un sourire dans le même temps.

"La joie mêlée à l'air frais produit des larmes d'excellente qualité."

Une histoire courte mais intense, un concentré d'émotions volatiles qui nous parle de la Vie, de l'Amour, de l'amour de la vie et de l'espoir... et qui paraît à la fois très personnelle, une invitation à mieux connaître celui qui tient la plume, à nous faire partager un peu de son journal intime en quelque sorte.

Vous pourrez écouter ou lire des extraits du livre sur son site dédié.
Et je vous invite à écouter cette chanson de Mutemath dont l'ambiance et les paroles se marient parfaitement avec le livre à mon humble avis...

We were born to, we were born to, we were born to fly
You and I, we're summoned to the sky...

Illustration par Benjamin Lacombe pour Métamorphose en bord de ciel.

jeudi 17 mars 2011

& LIRE - The Twilight Saga


Oui, vous avez bien lu, j'ai décidé d'écrire sur Twilight, ce fameux best-seller paru en 2005, et ayant introduit une saga de quatre tomes par Stephenie Meyer. Pourquoi ?

Parce que j'ai eu tendance à critiquer sans savoir, à cause du ridicule qu'ont atteint certains fans de la saga. Ecoeurée, je n'avais pas envie de m'y intéresser. Puis au détour d'un hasard, j'ai fini, très récemment, par engloutir les quatre tomes en une semaine.

Certes, il est indéniable que ces livres sont une véritable mine d'or pour gamines fleur bleue. Mais la romance est distillée avec délicatesse, d'une façon agréable à lire.
Mises à part quelques lourdeurs stylistiques dûes à un vocabulaire parfois restreint (certains mots reviennent vraiment trop souvent dans un même chapitre, même pour des livres adaptés au jeune public...), la série en tant que telle se laisse lire sans accroc.
Bien sûr, les films tirés de Twilight ainsi que leurs traductions improbables ont un peu dénaturé la saga, vu le battage médiatique autour du couple Pattinson/Stewart (réel et fictif), et la folie furieuse engendrée chez les fans de ce cher Robert (...réel et fictif. Au fait, vous saviez qu'il chantait, lui? Il est pas mauvais en plus: LOOK HERE.).
Néanmoins, sans compter les bandes originales qui valent tout de même le détour (on y retrouve Muse, Blue Foundation, Radiohead pour ne citer qu'eux), ces films restent de bons divertissements, de l'adaptation à peu prés fidèle et sans prétention (malgré certains épisodes omis qui auraient gagné à être representés, selon moi) ... Surtout destinés au jeune public féminin, j'en conviens aisément.
EDIT: Un oubli éhonté. J'accorde également aux puristes du vampirisme que les vampires de Twilight n'ont strictement rien à voir avec des vampires. C'est un fait sur lequel on ne peut pas fermer les yeux. Quand on a lu Ann Rice  et ses Chroniques des vampires avec passion, on ne peut pas passer sur le massacre fait au genre vampirique par l'auteur de Twilight. Cependant, si on prend l'histoire en sachant à quoi s'en tenir par rapport à ce sujet relativement sensible, c'est plus facile. Cela ne m'a pas empêchée d'apprécier, mais je sais que c'est un blasphème.



Pour ce qui est des livres, ils méritent à mon avis leur succès pour plusieurs aspects :
Tout d'abord, pour la richesse des personnages.
Le personnage d'Edward (le vampire... Je précise pour ceux qui auraient passé les cinq dernières années dans une grotte népalaise), mystérieux, mélancolique et torturé, mais surtout fou d'amour, représente une version de l'homme parfait, une arme de séduction massive à la fois simple et complexe.
Il est mis en opposition avec Jacob (le loup), que l'on découvre réellement dans le tome 2, New Moon. Insouciant, souriant et enthousiaste, il est le contraire spirituel d'Edward mais tout aussi attirant aux yeux de la lectrice lambda pour laquelle Edward paraîtrait peut-être trop tristounet.
En somme, Stephenie Meyer en donne pour tous les goûts, et cela fonctionne évidemment.
Il est assez facile, d'autre part, de s'identifier à Bella (l'héroïne). Non seulement grâce au procédé narratif interne, mais aussi parce qu'elle est, comme Edward, à la fois très définie, bien construite en tant que personnage, et assez floue pour qu'on s'attribue ses pensées. Il est très aisé pour le lecteur de vivre les évènements à travers ses yeux, car ils sont décrits de façon naturelle mais aussi très détaillée, sans tomber dans l'overdose d'information.

Puis, en réalité, l'auteur a particulièrement soigné le traitement du ressenti des personnages, de leurs sentiments, leurs sensations physiques ou spirituelles. Elle construit son histoire autour de leurs diverses émotions à tous, grâce à l'étude appuyée des regards, des sourires ou des expressions qui permet de décrypter, à travers les pensées de Bella, les conflits et sensations intérieures de chacun. Et le lecteur vit ces ces sensations avec eux, il se sent chez lui au coeur de ces pages.

La part belle est faite à la passion, omniprésente dans ces quatre tomes, mais aussi à la douleur, que l'on peut surtout noter dans New Moon, quand Edward s'en va. La description de la souffrance de l'héroïne tout au long du livre est tout bonnement à couper le souffle.
Le sentiment d'appartenance, l'importance des liens entre les êtres sont également soulignés de manière appuyée sans basculer dans la niaiserie.

La réussite de cette saga réside surtout dans la gestion parfaite du suspens par Stephenie Meyer. Elle sait tenir le lecteur en haleine d'une page, d'un chapitre, d'un livre à l'autre.

Le tome 4, Breaking Dawn, est le plus réussi de la série, et de mon point de vue il pourrait se concilier tout détracteur de Twilight ayant eu la curiosité (sinon le courage) de pousser la lecture jusqu'au bout. Si les trois premiers sont principalement basés sur les sentiments amoureux entre Bella & Edward, Breaking Dawn a le mérite d'être beaucoup plus hétérogène et riche au niveau de l'action.
Déjà, parce qu'il ne faut pas se voiler la face, en suivant la série on finit par s'impatienter : on trouve réponse à nos questions concernant la partie charnelle de la relation Edward/Bella.
Ensuite, un tiers de l'histoire est raconté à travers les yeux de Jacob, ce qui démontre la capacité de l'auteur à différencier les discours, d'autant plus en optant pour un personnage masculin.
Les péripéties sont nombreuses, et même si le traitement des émotions est toujours bien présent, divers évènements, des retournements inattendus de situation, des mystères viennent enrichir le récit. La tension est fortement représentée : pendant les cent dernières pages, j'ai oublié de respirer.



J'ai beaucoup ri et... aussi beaucoup pleuré en parcourant les quatre tomes de la Twilight saga. Comme après le départ d'un ami cher, j'ai ressenti un pincement au coeur après les avoir terminés si rapidement, mais réellement je n'ai pas pu m'en empêcher, et je n'exagère même pas.
Cet article, qui en surprendra plus d'un de ma part, visait principalement à détromper certaines idées reçues concernant Twilight que j'ai longtemps prises pour des vérités sans essayer de les vérifier. Evidemment, si l'on n'est absolument pas adepte du roman sentimental, qu'on n'aime pas les "forever" ni les "happily ever after", il vaut mieux éviter, je ne le nierai pas...quoique.

Mais maintenant que j'ai écrit l'article, je suis juste positivement heureuse, une fois de plus, de partager quelque chose qui m'a littéralement passionnée avec vous.



lundi 14 février 2011

& LIRE - Oscar Wilde & Le portrait de Dorian Gray.

Dans l'article sur Pilgrim de T.Findley vous était annoncée l'arrivée prochaine du magnifique Oscar Wilde sur la Parenthèse. Eh bien, le voici, plus grand, fastueux, torturé et cynique que jamais à travers son chef d'oeuvre : Le portrait de Dorian Gray!

"Chaque fois qu’on produit un effet, on se donne un ennemi. Il faut rester médiocre pour être populaire."

Tout d'abord, il est de bon ton de dire quelques mots sur l'auteur admiré : irlandais fantasque et plein d'esprit, Oscar a fait ses armes à Londres, se démarquant longtemps par sa personnalité plus que par ses écrits. Il était connu, aimé et detesté pour ses traits d'esprit parfois discutables, son humour tranchant et sa légendaire volubilité. Il prônait la théorie de l'art pour l'art et l'esthétisme était sa religion, se référant sans cesse aux canons de beauté antiques.
Après une période sociale et littéraire très heureuse, l'écrivain et défenseur du féminisme de l'époque se retrouve emprisonné par l'influent père de son amant pour "sodomie", l'homosexualité n'étant pas imaginable pour les gens bien pensants de l'époque... Et le rebelle de la haute société tombe en disgrâce, son premier amour (féminin) fuit le parjure avec ses deux enfants en Hollande sous un faux nom.
Malade depuis longtemps, Oscar finira sa vie en 1900, à l'âge de quarante-six ans, sous les toîts de Paris, sous le pseudonyme de Sébastien Melmoth. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise, dans une tombe spectaculaire célébrant son art et recouverte des baisers de ses nombreux admirateurs...

Oscar et son amant Alfred Douglas

Retrouvez ici un superbe stop-motion reprenant les étapes principales de la vie d'Oscar Wilde. C'est frais, doux, et plein de poésie. Un parfait rêve esthétique.

"Dire qu'un livre est moral ou immoral n'a pas de sens, un livre est bien ou mal écrit c'est tout."

Et durant cette période faste mentionnée précédemment, le grand homme a trouvé l'inspiration en partie dans sa propre personnalité pour livrer au monde en 1891 le personnage de Dorian Gray.
Jeune homme de bonne famille aux traits parfaits et à qui l'avenir sourit, Dorian Gray rencontre chez un ami peignant son portrait le fringant Lord Henry Wotton, qui sèmera le doute dans son coeur juvénile et lui signifiant le caractère éphémère de sa jeunesse et de sa beauté. Le jeune garçon troublé fait alors le souhait de ne jamais vieillir... Ainsi, le portrait une fois terminé vieillira à la place de Dorian, sur qui le vice, la méchanceté, l'alcool et les femmes n'auront plus de prise temporelle.

"Il n’y a que les esprits légers pour ne pas juger sur les apparences. Le vrai mystère du monde est le visible, et non l’invisible."

L'auteur a semé son caractère à travers ses personnages principaux, et c'est ce qui fait toute leur richesse : son amour du beau dans le peintre Basil Hallward, qui réalisera le portrait de Dorian, son cynisme et son fatalisme dans Lord Wotton, et sa candeur, son amour de vivre et sa sociabilité dans Dorian, avant qu'il ne soit perverti.

"L'humanité se prend trop au sérieux. C'est la péché originel de notre monde. Si l'homme des cavernes avait su rire, le cours de l'histoire eut été changé."

Ce livre est, sans subjectivité aucune, parfaitement écrit. Les phrases, les mots, les virgules sont dosés de façon à faire chanter les pages, l'intrigue est menée avec douceur et finesse, en disséminant quelques passages violents de réalisme et durs à imaginer à la fois. Les thèmes de la société contemporaine, de l'amour, de la jeunesse, de la beauté, du temps, sont traités sous leur aspects les plus fascinants.
Ce qu'il faut en retenir ? le cynisme délicat, aux accents cruels mais pleins de réalisme fataliste de Lord Wotton. Mais aussi et surtout l'influence perverse de la société sur la nature humaine, une entité bien fragile et malmenée de toutes parts que Wilde a su mettre en évidence avec brio.

Un livre qui, assurément, devrait être sur la table de chevet de tout littéraire qui se respecte, aussi pour son actualité désarmante. Oscar Wilde était un visionnaire, et ce qu'il dénonçait hier est encore valable aujourd'hui. Ses vérités se dépeignent dans le comportement de nos congénères de la race humaine tous les jours.
Il nous transporte avec classe dans le Londres du 19e siècle, ses lords et ses ladies, ses codes et ses tabous. Londres, une ville chérie de l'irlandais à l'époque, mais aussi de votre serviteur, qui aujourd'hui transpose ses rêves d'indépendance à Soho, sa soif de culture à Kensington... Sa vie en somme, au pied de la Tamise.

"Il y a certaine volupté à s'accuser soi-même. Dès que nous nous blâmons, il nous semble que personne d’autre n'a plus le droit de le faire."


J'aimerais écouter mon envie de citer tous les aphorismes amusants ou critiques d'Oscar Wilde dans cet article, qu'ils soient extraits de Dorian Gray ou d'autres oeuvres, mais par souci de légèreté, je vous invite à aller en consulter une petite partie ici.

Mais pour finir je vous laisserais tout de même sur la très célèbre :

"Le meilleur moyen de faire cesser la tentation , c'est d'y succomber."

A bon entendeur....

jeudi 13 janvier 2011

& LIRE - "Pilgrim" de Timothy Findley

Ca faisait un moment que je ne vous avais pas parlé d'un auteur !

D'origine canadienne, Timothy Findley était un écrivain d'exception ainsi qu'un auteur de théâtre . N'ayant par contre pas lu ses pièces, je vous parlerais uniquement du romancier dans cet article. Il mêlait dans sa plume le réalisme et le fantastique, ce qui confère à ses oeuvres un charme déconcertant, pâtiné de mystère, de réflexion et de grandes questions, sans pour autant basculer dans l'oeuvre trop "intellectuelle", au mauvais sens du terme.

Il savait aborder des sujets comme la folie, la réincarnation (dans l'excellent "Pilgrim") , la paranoia ou l'avenir gris du monde ("Le chasseur de têtes"), tout en légèreté, et en palpitations.
Car ses intrigues sont de toute beauté ! Le style est élégant, l'histoire bien menée, sans lourdeurs, sans accrocs.




L'histoire de "Pilgrim" m'a particulièrement séduite. Le récit de cet homme aux yeux millénaires et aux multiples vies m'a littéralement emportée, c'est bien le cas de le dire.
Pilgrim est un homme dont le souhait le plus cher serait de pouvoir disparaitre, car, tel le juif errant, il dit ne pouvoir mourir. Il se réincarne depuis des siècles en des personnes radicalement différentes, de Ste Therese d'Avila à la Joconde, en passant par un intime du théâtral Oscar Wilde (auquel sera également consacré un article, soit dit en passant)... Que de destins riches et pleins de surprises cet homme a pu vivre ! Sa santé mentale est évidemment mise en doute et confiée au grand psychanalyste Carl Gustav Jung, qui vient à douter, à la lecture du journal de Pilgrim, de son propre esprit...

En somme, un voyage à travers le temps pétillant et grave, enrichissant et spirituel, accouplé à une reflexion sur les travers de l'esprit humain.

On apprécie l'attirance de l'auteur pour le thème de la folie, abordé dans plusieurs autres de ses oeuvres. Un thème qu'il semble bien connaître et qu'il maîtrise à la perfection.
Il ferait croire aux plus cartésiens que tout est possible, que tout existe, à travers la vie de Pilgrim comme à travers celle de Lilah Kemp, l'anti-héroïne déclarée schizophrène de "Chasseur de têtes", qui donne vie aux personnages du roman qu'elle lit.

mardi 19 octobre 2010

& LIRE - Chuck Palahniuk (Fight Club)



"Si vous lisez ceci, alors cet avertissement est pour vous. Chaque mot que vous lisez de ce texte inutile est une autre seconde perdue dans votre vie. N’avez-vous rien d’autre à faire ? Votre vie est-elle si vide que, honnêtement, vous ne puissiez penser à une meilleure manière de passer ces moments ? Ou êtes-vous si impressionné par l’autorité que vous donnez votre respect et vouez votre foi à tous ceux qui s’en réclament ? Lisez-vous tout ce que vous êtes supposés lire ? Pensez-vous tout ce que vous êtes supposés penser ? Achetez-vous ce que l’on vous dit d’acheter ? Sortez de votre appartement. Allez à la rencontre du sexe opposé. Arrêtez le shopping excessif et la masturbation. Quittez votre travail. Commencez à vous battre. Prouvez que vous êtes en vie. Si vous ne revendiquez pas votre humanité, vous deviendrez une statistique. Vous êtes prévenu..." Tyler Durden




Chuck Palahniuk est l'auteur du très controversé Fight Club, qui même si l'on connait beaucoup mieux le film (1999), est avant tout un roman édité en 1996.
Il a été accusé d'appeler à la violence, et de glorifier l'anarchie... Si seulement on prenait un peu le temps de lire entre les lignes, on se rendrait simplement compte que Fight Club est une dénonciation plus qu'un manifeste.
Oui, Chuck Palahniuk a un léger souci avec les Etats Unis d'Amérique, comme on peut le voir dans le reste de sa bibliographie (voir fin de l'article). Oui, il écrit franchement, sans fioritures, crûment parfois, et il n'a pas froid aux yeux. Vous me direz que de toute façon, plus tu provoques, plus on t'aime aujourd'hui, mais il y a dix ans les élucubrations fantasques de Tyler Durden et consorts ont tout de même reçu un accueil plus mitigé.

"J’avais envie de loger une balle entre les deux yeux de tous les pandas qui n’étaient pas foutus de baiser pour sauver leur espèce."

Fight Club transcrit, à travers un personnage malade et a priori sans interêt, les maux des générations d'aujourd'hui. On ne sait plus à quel saint se vouer, si tant est qu'on en ait encore envie. L'humanité cherche une nouvelle identité, elle veut s'affranchir du passé en démarrant quelque chose de nouveau, qui reste bloqué au point de départ car personne n'a le courage d'appuyer sur START.
Le narrateur de Fight Club est ce type qu'on peut croiser au supermarché ou dans l'avion, ce mec qu'on ne remarque même pas. Ce mec qui ne sert à rien, et qui malheureusement pour lui , en a pris conscience. D'où les démarches de son inconscient pour faire exister cet esprit inerte, car seul son inconscient lui fait passer les barrières qu'il s'est mises lui même, comme nous le faisons tous : la peur d'essayer, la peur d'échouer, la peur de l'avenir, la peur de réussir.



Cet anti- héros n'a jamais vraiment les yeux ouverts, ce pourquoi il est présenté comme insomniaque. Il voit passer la vie sans vraiment y participer.

"C’était du grand art. On revendait à des femmes pleine de cash la graisse de leurs propres culs."

"La guerre est naturelle et découle de l'avoir", dit Bergson. Fight club est une traduction développée de cette pensée, car Palahniuk utilise aussi ce livre comme un vecteur pour exprimer son dégoût de ce qu'on appelle la "société de consommation": c'est bien de posséder, mais jusqu'à quel point? ne vient-il pas un moment où le zèle que l'on met à avoir toutes ces "choses" devient ridicule, voire puéril? L'être humain est rassuré par le fait de posséder, tout comme par celui d'appartenir. Il peut aller jusqu'à sa mort de cette façon, en restant enfoui sous sa montagne d'objets bien à lui qu'il a mis si longtemps à ériger. Mais où est l'accomplissement de soi dans la possession ?
Devrait-on menacer les gens de mort pour qu'ils poursuivent enfin leurs rêves et leurs objectifs, comme Tyler le fait avec Raymond K.Hessel, qui travaille dans une épicerie de quartier au lieu d'être vétérinaire...?

"Quand on souffre d’insomnies, on n’est jamais vraiment endormi et on n’est jamais vraiment éveillé. "

C'est triste, mais c'est un peu le constat que l'on fait tous les jours, quand on se dit qu'on aurait pu faire mieux.
Ce livre nous incite juste à vivre pour de vrai. A nous battre, non pas contre d'autres humains mais contre les obstacles mentaux ou sociaux  que nous rencontrons, qui nous empêchent d'avancer.

Je tiens d'ailleurs à faire une aparté : le livre ne se termine pas, comme le film, sur un semblant de happy end genre "tout va s'arranger" à l'américaine. La fin du livre est la fin Parfaite, pour cet ouvrage: on n'en sort jamais. Mais pour ceux qui ne l'auraient pas lu, je préfère vous encourager à le faire plutôt que de vous détailler le dénouement.


"La première règle du Fight Club est : il est interdit de parler du Fight Club.
La seconde règle du Fight Club est : il est interdit de parler du Fight Club.
Troisième règle du Fight Club : quelqu’un crie stop, quelqu’un s’écroule ou n’en peut plus, le combat est terminé.
Quatrième règle : seulement deux hommes par combat.
Cinquième règle : un seul combat à la fois, messieurs.
Sixième règle : pas de chemises, ni de chaussures.
Septième règle : les combats continueront aussi longtemps que nécessaire.
Et huitième et dernière règle : si c’est votre première soirée au Fight Club, vous devez vous battre ! "


Et pour faire plaisir aux cinéphiles pour qui Fight Club reste encore un monde inconnu, voici le trailer.
Avec des acteurs aussi époustouflants que Edward Norton & Brad Pitt, et un réalisateur comme David Fincher (Alien 3, Seven, Benjamin Button)... Forcément, le film est bon. OUI, il est bon. Si vous n'aimez pas lire, passez deux heures devant la télé.
Pour la bibliographie de Chuck Palahniuk, je dois avouer ne plus suivre ses parutions depuis quelques temps. Ceci dit, voici la liste des ouvrages de cet auteur que j'ai lus, avec en lien une Wikidescription et une appréciation personnelle qui pourraient au moins vous inciter à me demander des informations, au mieux à les lire , et au summum, je ferai un article sur mesure à qui voudra.

Fight Club , 1996 (VF & VO) ... Voilà !
Survivant, 1999 (VF) : Un beau pamphlet anti-culte de la célébrité et du futile.
Monstres invisibles, 1999 (VF) : Montre l'importance des apparences dans le monde d'aujourd'hui, et combien tout perdre peut transformer un être humain.
Choke, 2001 (VF) : Sur un sexoolique, écrit dans la veine, donc trop cru pour moi...
Berceuse, 2002 (VF) : Mon préféré. Une belle poursuite d'un objectif dans la vie d'un homme, une merveille au niveau de l'idée et de maniement de l'intrigue.
Diary, 2003 (VO) : Flippant. C'est incroyable comme la monotonie et la paranoia peuvent être flippantes.
Haunted, 2006 (VO) : Dégoûtant ! haha, il m'a fait bien rire dans son ignominie celui-ci. Chuck nous expose comment la vie peut faire qu'un jour, toutes nos perversions se retrouvent être nos principaux traits de caractère. 

mercredi 1 septembre 2010

& LIRE - Mathias Malzieu

On connaît beaucoup mieux Mathias Malzieu à travers la musique de Dionysos, dont il est le chanteur. Il est pourtant ici dans la rubrique LIRE ! Pourquoi ?

Parce que pour moi il est surtout un écrivain extraordinaire. C'est un homme qui rêve sa vie comme il vit ses rêves, et qui les couche sur le papier de sa plume espiègle pour nous les offrir. Autant de moments de joie, de bonheur ou de souffrance qui se partagent comme entre amis intimes. Ses romans sont un vrai cadeau, des morceaux de lui qu'il distribue dans de petits volumes reliés.


Cet écrivain a un style onirique, joyeux, plein de poésie et d'air frais qui sent bon... en somme un style difficile à décrire de façon concrète. C'est une plume magique qu'il tient entre ses doigts.

Dans "Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi" (2005), il vient de perdre sa mère et exprime avec une sensibilité hors du commun sa détresse d'enfant de trente ans abandonné. L'histoire est tournée comme une fable, la découverte d'une douleur indicible et sa "guérison". C'est une histoire pour les enfants devenus grands, sans cesser d'être des enfants. Avec son phrasé merveilleux, doublé d'une naïveté dosée à la perfection, sur un thème difficile (la mort d'une mère), Malzieu livre un roman qui émeut jusqu'au plus profond de soi. On en pleure, tout en gardant le sourire au coin des lèvres . Comment mieux réussir ?


Mathias a ensuite écrit "La mécanique du coeur" (2007), un bijou de littérature contemporaine, tout simplement.
Tout en émotion et en rebondissements, ce roman est surprenant de fraîcheur et laisse le lecteur avec la tête qui tourne et le coeur sur des roses, tendres et cruelles à la fois.
On cherche à suivre le petit garçon au coeur-horloge, pour qui l'amour serait fatal. Savoir s'il survivra à la petite Andalouse de ses rêves, et si tout finira avec du bonheur et beaucoup d'enfants...
Tout en se doutant que Malzieu ne saurait empêcher son imagination de dévier le courant d'une belle histoire pour la sublimer, la faire plus magique et plus folle, plus colorée, plus contrastée...


Mathias a d'ailleurs donné une interview sur le roman, lui même adapté en musique pour être un nouvel album de Dionysos. Il n'y a au final que l'auteur pour parler correctement de son oeuvre, donc ALLEZ LIRE.


Enfin, il me paraît très difficile d'exprimer à quel point une chose qu'on aime passionément est exceptionnelle, on n'est que très rarement satisfait de son explication. Donc je pense qu'il vaut mieux que j'arrête là mes descriptions et que je vous laisse découvrir ces ouvrages par vous-mêmes.


jeudi 26 août 2010

& RAPPELER - 1939/1945.

Plusieurs romans sur la guerre de 40 sont passés entre mes mains.
J'ai vu plusieurs films, aussi.

Et quel que soit le point de vue d'où l'on se place, le soldat allemand, le civil (français, allemand, polonais...), le Juif, ou ...Hitler... je ne pense pas qu'il soit aisé de percevoir comment une telle "Question" a pu se poser dans notre histoire à tous.
Toutes les informations que j'ai pu glaner sur le sujet, qu'elles appartiennent à la fiction partielle ou à la réalité des faits, aident évidemment à "comprendre" les liens de cause à effet qui ont rendu cette apothéose de l'atroce possible. D'ailleurs, un contre-pied de cette possibilité a été imaginé par Eric Emmanuel Schmidt dans "La part de l'autre", un paralléle entre l'histoire du Führer tristement célèbre et celle du même homme s'il avait été accepté aux Beaux-Arts de Vienne dans sa jeunesse.



"Il veut comprendre, comprendre que le monstre n'est pas un être différent de lui, hors de l'humanité, mais un être comme lui qui prend des décisions différentes. Depuis ce jour, l'enfant a peur de lui-même, il sait qu'il cohabite avec une bête violente et sanguinaire, il souhaite la tenir toute sa vie dans sa cage" Eric-Emmanuel Schmitt - La part de l'autre (lien evene)




Hitler était un homme frustré, dont l'esprit avait été détourné depuis sa plus tendre enfance. Le récit narré par le démon du mal de Norman Mailer dans le roman détruit par la critique "Un chateau en forêt", sensé retracer l'origine et l'enfance d'Adolf Hitler, en témoigne dans un style difficile à supporter : assez sombre, glauque, voire carrément malsain... Qui nous ramène facilement au personnage dépeint. Cela reste un roman, mais on s'y retrouve. Ceci dit, Norman Mailer avait habitué ses lecteurs à mieux, selon la critique de Didier Jacob du Nouvel Obs (qui selon moi n'est pas un lecteur objectif, quoique je lui donne raison sur le ridicule de certaines scènes.)
Même si tu aimes lire, accroche toi tout de même, il faut l'avouer. Sinon, va plutôt louer un film :
La personnalité d'Hitler se ressent également sur nos écrans en 2004 avec le film "La chute" d'Oliver Hirshbiegel. (Bande-annonce à voir ICI)
Une interprétation remarquable de Bruno Ganz dans le rôle d'un des plus grands monstres de l'Histoire et un scénario à la limite du trop réaliste. A voir, évidemment.

Le peuple allemand voyait en lui le sauveur de l'Allemagne et l'a suivi trop immédiatemment, trop aveuglément. L'armée a cru en lui et en son parti, comme en ses promesses de grandeur retrouvée. Un phénomène brillamment décrit dans le fameux ouvrage de Robert Merle, "La mort est mon métier" (1952) : le récit impartial et froid de celui qui devint le Kommandant du camp d'Auschwitz, affirmant n'avoir trouvé aucune satisfaction dans le massacre des Juifs, sinon dans sa qualité et de son efficacité en tant que serviteur du Reich.

Ce genre de récit fut repris assez récemment par Jonathan Littell dans "Les bienveillantes", livre évènementiel de l'année 2006 qui reçut le prix Goncourt, qui traite en surface du nazisme et de son organisation mais plus généralement de la question du génocide et du prix de la vie... Un traité très distant, mécanique, difficile à lire.
Des films comme "La rafle" (2009) ont démontré l'incrédulité sincère des personnes concernées par l'horreur de la "Question Juive", ou plutôt leur volonté (qui n'était que trop compréhensible) de ne pas croire cela possible.
"La Liste de Schindler" de Steven Spielberg(1993), adapté du roman de Thomas Keneally, est par ailleurs un témoignage merveilleux du courage de certains allemands, ainsi qu'à mon avis une ode immortelle à l'être humain en lui-même, à travers la personne de l'extraordinaire Mr Oskar Schindler.
Deux heures qui arrachent toutes les larmes dont on est capables, qu'elles soient de profonde tristesse ou d'intense joie, mais de toute façon pleines d'une émotion impressionante. Tout ça sans mentionner le talent d'interprétation indéniable de l'ensemble de la distribution (Liam Neeson, Ralph Fiennes...)


Les civils allemands avaient peur et souffraient considérablement de la guerre pour la plupart. Le très émouvant roman "La voleuse de livres" de Markus Zusak (2005) dépeint avec brio l'ambiance des villages allemands où malgré les obligations du quotidien qui les rappelaient à une vie "normale", les habitants vivaient sans cesse dans la crainte des bombardements et... des officiers allemands. Cette période sert de décor à l'histoire d'une petite orpheline, Liesel Meminger, adoptée par une famille vivant en dehors de Munich. On y rit, on y perd son souffle, on y pleure et enfin... On y vit.

J'ai aussi visité le Centre Commémoratif de l'Holocauste, lors d'une semaine passée à Montréal .
Voir une lettre d'un mari juif à sa femme allemande, disant que tout va bien...Tout en sachant qu'une fois la lettre entre les mains de sa femme ce malheureux était deja mort. Voir ce message à côté de la déclaration de son décès dû à une "pneumonie"... C'est une chose qui reste ancrée.
On ne se rend pas compte, mais on sent la main tremblante au dessus du papier. On voit encore les traces de larmes qui ont brouillé l'encre. On ne se rend toujours pas compte.

J'ai à tout prix tenté à travers ces bribes de coeur, de pensées et de souvenirs, de comprendre, de savoir, d'imaginer. Tout ça pour enfin comprendre que justement, il ne me sera jamais possible d'imaginer vraiment ce que tous ces protagonistes ont pu vivre. Il ne me sera jamais possible de dire avec certitude que "je comprends".
Ceci dit, je l'ai touché du doigt, et cela me suffit pour ne pas oublier.

dimanche 15 août 2010

& LIRE - Salman Rushdie

"Comment vaincre le terrorisme ? Ne soyez pas terrorisé, même si vous avez peur."



C'est ce qu'a répondu Salman Rushdie lorsqu'on l'a interrogé à propos des attentats du 11 septembre 2001: Cet auteur brittanique d'origine kashmiri est un exemple de la prise de risque et de la liberté d'expression, continuant d'écrire avec une puissante conviction, et ce malgré l'ombre omniprésente de la fatwa menée contre lui par l'ayatollah Kohmeini, après la publication des Versets Sataniques (1988).

Vidéo : bref portrait de Salman Rushdie


A travers des romans qui mêlent le mystique et le pragmatique, le rêve et l'écrasante réalité, la folie et la sagesse, Rushdie nous parle d'amour si ce n'est de passion, il nous parle de religion, de vengeance... Toutes empreintes d'un sujet qui semble lui être cher : la distinction de la frontière entre le bien et le mal, frontière brouillée, effacée puis retracée avant d'être a nouveau indistincte, et ce depuis la naissance de l'être humain.

La critique du fanatisme religieux qu'on peut lire entre les lignes de ses romans que je qualifierai d'aventure (culturelle, émotionnelle, ou géographique...) est le point de départ de la fatwa mentionnée précédemment. Cependant, l'auteur avoue que le risque engendré par cette menace n'a su que l'inspirer, et non arrêter son élan créateur.

Emotionnellement, Rushdie nous transporte dans des terres inconnues (ou non), nous amène à toucher du doigt notre quotidien pour ensuite nous propulser dans les lumineuses ténèbres de l'irréel, de l'onirisme et du doute. Il nous fait réfléchir, sur les hommes, leur nature. La lutte des Versets Sataniques, opposant Gibreel et Saladdin, l'ange et le démon, le bien et le mal, leurs limites et leur possibilité de les franchir en témoigne de façon époustouflante.


Il nous demande ce qui tient les hommes en vie, et où leur art de détruire ce qu'ils ont de plus précieux prend sa source : dans Shalimar le Clown, un paradis sur Terre dénommé le Cachemire, modèle d'harmonie et de paix, devient le théâtre d'abominations impensables, en parallèle de la ruine d'un coeur et de plusieurs vies...



Je n'ai à ce jour lu que deux de ses oeuvres, mais les prochaines feront également l'objet de chroniques.
Si vous vous interessez à cet auteur, peut être voudriez vous savoir quelles lectures il emporterait sur une île déserte ?

Et pour se procurer ses oeuvres, vous pouvez aller là-bas.